La guérrière
- Annaïk Viallet

- 27 mai
- 9 min de lecture

Que se passera-t-il si je lâche ?
Que se passera-t-il si la guerrière se repose enfin ?
Cela fait plusieurs mois que je travaille sur cette problématique en moi.
Ce problème permanent dans lequel la notion de danger est partout et permanente dans ma vie.
Mon système nerveux est en alerte permanente. On peut appeler ça aussi, être sur le qui-vive. Mais on appelle ça surtout le stress post-traumatique. Et il dure depuis tellement longtemps qu'il est devenu ma personnalité. Et tu sais, la personnalité ce n'est pas ton identité, la personnalité c'est une construction du cerveau, façonnée par les expériences de la vie et ce que ton être a décidé d'en faire, avec son libre arbitre.
Cette problématique de la croyance au danger permanent existe en moi depuis toujours, mais les expériences que j’ai vécues ces derniers mois ont en fait un point de non-retour.
Je crois que ça a démarré quand en décembre dernier je me suis offert un massage, je me suis dit que c’était un beau cadeau à m’offrir pour toute cette année de travail et surtout pour avoir terminé la création de ma formation de Thérapeute Holistique.
De mon point de vue, j’avais besoin d’un massage assez lent et puissant, j'avais envie d'être contorsionné dans tous les sens, du point de vue de la masseuse ça en a été tout autre. Nelly a réalisé un massage d’une grande douceur, les mains tremblantes et impressionnées par un corps qui avait porté tellement d’histoires tragiques.
Je le dis toujours à mes clients, un massage a un véritable pouvoir transformateur, sur l’instant mais surtout sur le long terme, le corps intègre, assimile puis change d’une certaine manière et évidemment toujours en bien quand il a reçu un massage en toute bienveillance et en sécurité.
Il m’a fallu quelques semaines pour comprendre que ce massage avait capté et touché quelque chose plus ou moins endormie en moi : ma part féminine.
Plusieurs semaines après, je me suis aperçu un jour que j’habitais seulement le côté droit de mon corps. Je n’habitais pas mon côté gauche. Le côté droit c’est le masculin, le mouvement, l’action et le côté gauche c’est le féminin, l’intuition, la sensibilité…
J’ai donc commencé chaque jour à me forcer à occuper mon côté gauche, à manger du côté gauche, car je ne mâchais qu’à droite. À sentir le poids de mon côté gauche, à y véhiculer de l’énergie consciemment.
Chaque jour j’ai pensé à ce côté gauche tout en me reconnectant à lui, en redonnant son féminin à mon être.
En demandant à mon masculin de laisser un peu de place à mon féminin, en ouvrant la place à mon féminin.
Dans cette même période, j’ai frôlé le burn-out. Dans la sur-stimulation du travail dans lequel j’ai été, c'était évidemment mon côté masculin qui prenait toute la place.
Il traduisait la peur de lâcher le travail avec la croyance que si je lâchais, je n’en aurai plus.
L’insécurité était là.
Dans un même temps encore, je tombais sur le vol de mon travail. La colère face à l’injustice de me faire voler tout ce cheminement et ce travail si personnel. Mon être en somme.
Et en parallèle, je vivais de l’inquiétude dans mon rôle de créatrice-présidente de mon association de Batucada. Dans lequel une personne remettait en question ma place de Présidente d’une manière assez violente.
L’association que j’ai créée en travail de résilience face à la brutalité que la vie m’avait fait vivre il y a 5 ans.
Ça a fait beaucoup d'événements qui m’ont mis en insécurité.
Mais je sais qu’ils ont été là sur ma route pour mon bien, pour me forcer à lâcher, pour me mettre face à mes peurs. Pour me permettre de ressentir comme une évidence que je vis en insécurité constante, que j’ai la croyance que le danger est présent en tout temps et en toute chose. Et que j’y réagis d’une façon qui me dessert.
Alors mon corps s’est mis à parler encore plus fort, mes peurs viscérales sont passées au-dessus du seuil de tolérance.
J’ai commencé à avoir des espèces de coups de taser derrière le genou droit, à en hurler de douleur. Le genou, c’est l’articulation qui te permet de fléchir, de t’agenouiller, de te soumettre à une autorité. Et je crois que mon côté masculin n’était absolument pas prêt à lâcher ! Ma guerrière y résistait très fortement.
Puis je me suis blessé le pied gauche, d’ailleurs on a cru qu’il était cassé, le pied gauche c’est le membre qui nous relie à la terre mère, celui qui nous fait avancer sur notre chemin et l’endroit où je me suis blessée correspond au système immunitaire et à la poitrine en réflexologie plantaire. Mon féminin me criait qu’il se sentait en danger.
J’ai vu mon thérapeute acupuncteur Antoine, qui travaille en médecine traditionnelle chinoise, j’étais très fatiguée avec toute cette surcharge de travail et de stress. Quand je lui ai parlé de mon côté gauche et de mon côté droit, lui a plutôt vu mon extériorité en excès par rapport à mon intériorité.
J’y vois là un regard toujours tourné vers l’extérieur prêt à agir, à me défendre.
Il y a quelques mois, en plein dans ce que je te raconte là, j’écrivais le texte « la mue » car je sentais bien que mon être était en train d’évoluer. Mon corps et mon âme, avant ma conscience, avaient décidé que c’était le moment de muer.
Mon corps s’exprimait et je devais l’écouter.
Je devais écouter cette part de moi qui était en train d’exploser.
Cette part féminine qui a vécu de nombreux traumatismes, de violences, de viols, d’abandons, de trahisons, d’injustices...
Cette petite fille qui a dû tenir en silence, tout porter sans rien dire à personne et continuer de sourire car la joie est plus importante.
Cet enfant qui a vu son grand-père sacrifier sa propre vie pour qu’elle puisse vivre.
Cet enfant qui a été abandonné, trahi, humilié, violenté tant de fois par son père, celui-même qui est censé lui apporter la sécurité et la stabilité.
Cette jeune femme qui a été muselée, enfermée, violée, sabotée par un compagnon qui voulait lui voler son âme.
Ce sont ces traumas, ce grand cumul sans pause de toute une enfance et jeune adulte qui ont fabriqué une hypervigilance, une croyance qui dit que « de toute façon un autre drame arrivera car c’est toujours comme ça que ça se passe ». Ce sont ces histoires qui ont créé une attente démunie et permanente face aux violences de la vie.
« La vie est un trésor ou une connasse » ces mots sont inscrits sur le mur de mon salon. Il résume en deux parts distinctes, deux concepts qui traduisent les turbulences extrêmes de la vie que je ressens en moi : Tantôt la vie peut nous faire vivre des horreurs sans noms, tantôt la vie peut nous prendre pleinement dans ses bras chaleureux et nous faire vivre des moments de grâce.
La vie, et ses humains, car ces derniers ne sont vraiment pas tendres. La cruauté me rend si triste. Et tu n’as pas besoin d’être à l’autre bout de la planète, au milieu d’une guerre, pour l’apercevoir. Elle est ici à côté de chez toi.
Il y a eu des périodes de ma vie où j’ai été mal, et lorsque j’ai été en contact avec d'autres personnes dans cet état de grande vulnérabilité j’ai pu voir cette cruauté. Celle qui ne m'atteignait pas quand j’étais la Annaïk Forte.
Et quand j’allais plutôt bien, j’ai pu voir la jalousie, la haine dans le regard de certaines personnes à mon égard, simplement parce que j’existe.
Au jour d’aujourd’hui, je ne comprends pas ce sentiment, je ne le reconnais pas en moi, il m’est étranger. Pourtant je le ressens depuis toute petite.
Je sais que je suis forte, lorsque je vois que mon frère qui a vécu avec le même père que moi et le même inceste de notre arrière-grand-père, je vois que je suis toujours debout alors que lui ne l’est malheureusement pas.
J’ai conscience de cette force incroyable. Néanmoins, elle me dessert fortement aussi.
Depuis toute petite je suis hypersensible et clairvoyante. Alors dans mon métier c’est un vrai cadeau, mais dans ma vie personnelle c’est parfois source de difficultés relationnelles, car sentir tout ce qui cloche autour de soi, tout ce qui n’est pas dit et révélée, tout ce qui est caché, manipulé et qu’on le ressent comme si ça prenait toute la place devant soi, et bien on se sent seule face à cet énorme truc qu’on est la seule à voir. Ça me vaut toujours de beaux surnoms de parano, jusqu’à ce que ça saute aux yeux de tous… mais ça peut prendre beaucoup de temps.
Alors forcément lorsqu’on n'est pas crue ou comprise, eh bien ça nous met à l’écart. Et là j’y vois une résonance avec les secrets trop lourds que j’ai eu à porter enfant.
Ça ravive cette injustice. Alors je m’isole, je me sens attaqué, j’attaque et personne ne comprend rien. La guerrière saute sur la situation qu’elle est la seule à voir. Enfin, celui qui crée le problème le sait aussi, hein !
Elle sent le danger, car il est palpable et réellement présent, mais en réalité c’est un tout petit danger, mais il est devenu tellement gigantesque qu’elle fonce pour l’attaquer.
Et personne ne comprend rien.
Tu sais, ça ne sert à rien d’expliquer, personne ne voit ce que je vois.
Alors après la guerre, il faut se résoudre à lâcher et entrer dans une phase de mise en veille. La guerrière qui a attaqué de manière disproportionnée se calme alors.
Et je rentre dans un mutisme, à ne plus dire même si ça me frappe les yeux. Cette phase, je l’appellerai la mise en silence mais les yeux attentifs.
Et là, je m’en remets à l’univers, je laisse la situation continuer de s’aggraver, de prendre de la place, de détruire aussi parfois. Et c’est à ce moment-là que les personnes autour voient la situation comme je la voyais quelques semaines, mois ou années déjà avant.
L’histoire se répète tant qu’on ne comprend pas et qu’on ne la guérit pas.
Et donc, l’histoire se répète, des expériences de trahison, de vol se présentent à moi encore et encore et quelque part j'ai cette croyance inconsciente que si je lâche, certains se jetteront prêts à tout à dévaliser et écrabouiller.
Oui, la guerrière en moi est prête, mais moi j’en ai marre.
J’en ai marre de sentir le danger, j’en ai assez de ne pas pouvoir lâcher la peur d’être abandonné, trahie, rejetée, blessée, volée, maltraitée.
Mon corps a décidé qu’il était temps qu’on lâche, j’ai donc commencé un travail corporel avec des personnes de confiance.
La question qui a résumé la dernière séance avec Lene, une séance du toucher maternant d’une grande douceur, a relevé cette question « Que se passe-t-il si je lâche et qu’on m’attaque ? »
Quelques jours après la séance, j'ai déclenché une Candida de la flore vaginale. Elle apparaît quand le corps veut exprimer le besoin de protection, que quelque chose d’ancien en soi souffre encore, qu'il y a un manque de sécurité, une peur d’être envahie.
Preuve que ma guerrière n’est pas encore d’accord pour lâcher.
Il m’a fallu quelques jours pour comprendre où était la solution à ce problème.
Comme souvent, pendant que je cours, je range mes idées, je me connecte à mon corps.
Et voici ce qu’il est né :
« J’ai décidé de faire un pacte avec ma guerrière, cette partie de moi qui a dû se battre, qui a dû se débattre face à la violence. Celle qui s’est battue avec la rage, en silence, face à toute cette violence inouïe et compréhensible. Celle qui a tenu debout avec la rage et la peur au ventre.
Celle qui a eu ce courage sans nom de rester debout et vivante, cette force que je ne saurais expliquer aujourd’hui.
C’est cette force-là, cette guerrière-là qui a été tellement présente qui a dû tellement bondir à chaque agression, à chaque violence de ceux qui ont voulu me détruire, m’anéantir, me brutaliser, ceux qui ont voulu voler mon identité et mon être, me voler mon essence, me voler ma lumière.
C’est cette guerrière-là qui combat toujours aujourd’hui, car le combat semble ne jamais se finir.
Mais aujourd’hui j’essaye de trouver la paix, et je sais où elle est en moi. C’est elle que je cherche à faire place en moi. Mais la guerrière ne fait que mettre la zizanie, perturber un équilibre que j’aimerais. »
Alors, le pacte que j’ai fait avec ma guerrière est celui où la guerrière a toute sa place devant les moments de la vie où il faut du courage et de la ténacité, ces moments de difficultés plus ou moins forts et où il lui faudra apprendre à doser, autant être combative que savoir lâcher du mou.
Je la contacte, ma guerrière, aussi pendant mes soins, mes massages.
Ces jolis moments où je peux la transmettre à mes clients lorsqu'ils ont besoin de force et de courage dans ce qu’ils vivent.
Lui donner sa place, c’est lui donner la reconnaissance, reconnaître sa valeur et son importance, car oui, elle a été indispensable à ma survie. Et puis, c’est en lui offrant sa place qu’il y aura moins de débordements.
J’ai besoin de cette guerrière, mais pas tout le temps, juste à ces endroits-là où la vie est une connasse. Tout en me connectant à l’amour que je me porte pour me soutenir avec force, mais aussi avec beaucoup de douceur et de tendresse.
Tu vois, le chemin n’est pas terminé. Il y a encore un peu de travail.
La mue a commencé à faire son œuvre, je me sens déjà moins en alerte, plus calme. J’ai hâte de voir ma part de paix et ma part de féminin prendre plus de place en moi. D’ailleurs j’ai pris quelques bonnets de soutien-gorge et ça ce n’est pas anodin…
Mon féminin est en chemin..
Annaïk Viallet - 27 mai 2026
.png)




Commentaires