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Célébrer sa maman en carton


Ma mère, je lui en ai tellement voulu, j’ai été en colère contre elle pendant si longtemps.


De ne pas m’avoir assez protégé, de ne pas avoir vu dans mes yeux la souffrance que je portais en silence. Ces horreurs que je cachais dans mes entrailles.


Je lui en ai voulu d’avoir maintenu absolument le lien avec un père violent, parce qu’ « il faut un père », ce même homme dont elle connaissait la violence.


J’en ai voulu à ma mère de m’avoir lâché à une période de ma vie charnière : l’adolescence, là où tout est parti en cacahuètes. Pendant qu'elle traversait elle-même un tsunami…


J’aurais eu besoin qu’elle s’impose pour moi, qu’elle s’oppose aussi, tellement de fois. On dit qu’un cadre et des règles sont sécurisantes pour un enfant. J’aurais tellement eu besoin de cette sécurité.


Il m’a fallu la trouver, la puiser dans les quelques moments où on m’en donnait et où la vie m'apportait quelques leçons.


Mais d’un autre côté, ma mère m’a appris ce qu’est la liberté. Car c’est en allant palper soi-même le cadre et les limites de la société et de ce monde qu’on peut créer des chemins de traverse pour aller là où ce n’est pas tout à fait autorisé mais pas interdit non plus.


Aujourd’hui je suis mère, et je célèbre enfin ma mère comme il se doit, j’ai 39 ans.


Car ma mère est une femme, un humain, un enfant qui a grandi, une personne qui n’est pas seulement maman, une guerrière elle aussi.


Elle a vécu avec mon père et a connu sa violence, elle a été trahie par les hommes, abandonnée, manipulée...


J’aurais aimé qu’elle me protège de tout ça, mais je sais aujourd’hui qu’on ne peut pas aider les autres tant qu’on n’a pas guéri soi-même.


Alors je l’entends déjà dire « hey ho ! Je me suis occupé de toi, je t’ai emmené à tous tes rendez-vous médicaux, hôpitaux, psy… c’est moi qui étais là et puis t’étais pas facile comme enfant, tu as été difficile à élever comparé à ton frère et ta sœur».


Alors c’est peut-être une mère en carton sur certaines choses, mais je me rends compte que je suis tellement moi aussi cette mère en carton avec mes enfants.


Je vois à travers mes attitudes et mes comportements envers mes enfants les jugements que j’avais envers ma mère. Et c’est tout de même assez drôle de se retrouver de l’autre côté.

De la mère nulle et pas parfaite.

Ma mère dira « une mère parfaite ça fait des enfants fous, regarde Bree van de kamp dans Desperate Housewife ! »


Je suis la mère en carton que j’ai reproché à ma mère, je suis celle qui crie de ras-le-bol alors que mon fils dévale les escaliers avec déjà un plâtre au bras.

Celle qui rigole quand ma fille embrasse le grillage dans sa chute en vélo.

Celle qui fait semblant de ne pas entendre la énième dispute entre mes enfants.

Celle qui se cache dans la maison derrière un rideau quand mes enfants m’appellent pour la 30ème fois pour me demander un truc. Il me trouve toujours… franchement on est quand même super bien caché derrière un rideau, non ?


Ma mère, cette badasse, m’a appris le millième degré.

Elle m’a appris que par amour on peut se battre et déplacer des montagnes.

Elle m’a appris que même en perdant contre l’ombre on ne perd jamais son intégrité et ses valeurs.

Elle ne m’a jamais trahi, elle n'a pas abandonné, elle a toujours été là, à sa façon certes, mais toujours là.

Elle m’a transmis l’ouverture d’esprit, à voir plus loin, à écouter et comprendre d’abord avec le cœur. À faire ce qui est le plus juste.


Ma mère, on lui en a donné des coups, des sacrés coups, pourtant je ne l’ai jamais vue se venger.

Ma mère a un dicton : « ne te venge pas, assieds-toi au bord de la rivière et attends de voir passer son cadavre ». Voici la sagesse sarcastique de ma mère.


Je ne l’ai jamais vu avoir un soupçon de jalousie.

Elle m’a transmis que si tu veux quelque chose, tu t’en donnes les moyens, tu ne voles pas, tu peux t'inspirer, mais tu crées toujours à partir de toi.


Ma mère a un de ces défauts, d’ailleurs j’ai le même, et parce qu’elle est authentique et spontanée, elle est aussi maladroite, elle va dire les choses cash sans trop réfléchir et parfois ça crée des situations problématiques…

Je dois vous avouer qu’avec l’expérience de nos maladresses monumentales, je préfère des personnes qui sont maladroites et qui s’excusent que des personnes qui usent du vice et de la manipulation par derrière.


Je souhaite à tout le monde d’avoir une mère comme la mienne. Qui passé 60 ans est toujours une gamine dans sa tête et prête à kiffer la vie même sur les montagnes russes des parcs d’attractions, même en concert (bon, les pogos c’est plus pour elle).


Une maman c’est pas tout parfait, mais je ne vois pas mon monde sans ma mère.

Ma mère, c’est ma meilleure confidente, elle sait tout de moi.

Je ne sais pas ce qu’il serait sans elle.

C’est vrai, qui j’appellerai pour raconter toutes mes péripéties ?

Avec qui je philosopherais de la vie ?

Avec qui je rigolerais de mes problèmes relationnels ?


Je ressens l’amour et l’admiration de ma mère pour moi depuis toute petite. Elle a cru en moi la première, à travers toutes mes multiples expériences, elle ne m’a pas jugé, elle m’a laissé la liberté d’expérimenter.


Elle a cru en moi bien avant que je crois en moi.

C’est profondément porteur de se sentir reconnu et soutenu quoi qu’on fasse par son parent.


Et pourtant elle a tellement de mal avec les démonstrations affectives. On ne se prend pas dans les bras, si je lui dis je t’aime elle est très mal à l’aise.

Alors maman, prends le mon je t’aime, t’as pas le choix je t’aime parce que tu as fait de moi une femme debout et libre.


Je t’aime ma maman en carton.

Annaïk Viallet - 31/05/2026 Texte sans IA

 
 
 

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